Espace et langage, parents de notre cerveau

Dans les archives de votre serviteur, deux articles abordent le même thème: la latéralisation du cerveau.

L’un, dans « Psychologie » de septembre 1973, intitulé « On pense à gauche, on aime à droite, ce n’est pas de la politique mais de la neuropsychologie » et écrit par Robert E. Ornstein.

L’autre, dans « Science et Vie » d’avril 1975, « Le cerveau a-t-il un sexe ?» par Jacqueline Renaud.

En outre une conférence récente de Madame Catherine Vidal et une page web concernant une conférence de Serge Ginger sur le site du Professeur Jacques Nimier nous donneront l’occasion de « rencontres » avec les textes d’archives

Le thème est très intéressant en soi, mais cet intérêt s’amplifie avec les débats sexistes qu’il provoque.

De nombreuses recherches ont été effectuées pour détecter les particularités des hémisphères gauche et droit du cerveau, leurs aptitudes spécifiques, leurs modes de fonctionnement.

Des sujets opérés pour traiter leur épilepsie par le sectionnement du corps calleux ont été tout particulièrement observés puisque chez eux les deux hémisphères sont déconnectés l’un de l’autre.

Un regroupement des informations de diverses études menées à travers le monde sur base d’un protocole général identique a permis à MacCoby et Jacklin d’en réaliser la synthèse et d’y donner une consistance statistique, ce qu’ils ont réalisé sous forme de deux livres de 130 et 630 pages.

Le constat est que les performances sont sensiblement égales dans les deux sexes, mais les moyens pour y aboutir diffèrent souvent.

Toutefois dans deux grands domaines il persiste des différences importantes, il s’agit de la perception de l’espace et des aptitudes verbales.

Ce sont là bien sûr des données statistiques qui n’empèchent pas des Vénus, Justine ou Kim d’atteindre un niveau sportif qui requiert une extrême précision dans la perception de l’espace.

 

Cerveau gauche - cerveau droit

Le sujet de discorde

 

Sur le plan de la latéralisation, du fonctionnement spécifique des hémisphères, il apparaît des expériences que sur le plan auditif le gauche retient principalement les mots, le droit principalement les sons et la musique; sur le plan visuel le gauche s’attache aux lettres et aux mots, le droit aux formes et aux dessins.

Très vite on a pensé que les filles avait l’hémisphère gauche dominant et les garçons le droit. L’expérimentation prouve qu’il y a effectivement une relative dominance de l’un ou l’autre hémisphère.

Le garçon compte avant de pouvoir nommer les choses (mon fils de 3 ans, compte effectivement en disant 1, 2, 3 … « comme ça », un « comme ça » étant n’importe quel type d’objet dont il ne connaît pas le nom).

La fille nomme d’abord avant de compter, on dit souvent que « les filles parlent plus tôt que les garçons »; elles nomment les objets pour prendre possession du monde et y prendre leur place

(ma fille aînée, quand elle avait 4 ans rectifiait les fautes de français de sa grand-mère…).

Pour le garçon le nombre n’est pas symbolique mais un moyen de manipulation des objets, au même titre que les formes ( le petit de 3 ans pourra vous parler d’un « comme ça » qui a la forme d’un carré, d’un rectangle, d’un triangle, d’un cercle ou d’un ovale… ).

Il construit (une tour, une maison, un château…) mais il est limité par le nombre de pièces dont il dispose et par sa propre habileté.

La petite fille, « comme une sorcière »(1), peut avec des mots mettre une voiture dans la salle de bain, la maison sur un bateau, le bateau sur la montagne, la montagne dans la mer et la mer dans le ciel…

Les mots se laissent faire…

Ce n’est qu’avec le temps qu’elle réalisera l’impossibilité de cette construction.

Avec le temps le garçon comprendra l’aspect symbolique des nombres et des mots (qu’il aura jusque là traités comme de simples objets) et la fille appréciera progressivement la numération à cause de son côté logique.

Dans l’article de la revue Psychologie précité, on peut lire: « Le cortex cérébral est divisé en deux hémisphères reliés par un important faisceau de fibres interdépendantes, le « corps calleux ». Le côté droit du cortex contrôle principalement le côté gauche du corps humain, tandis qu’inversément le côté gauche du cortex contrôle en majeure partie le côté droit du corps. La structure et le fonctionnement de ces deux « demi-cerveaux » influencent les deux modes de conscience. L’hémisphère gauche joue un rôle essentiel dans la pensée analytique, et particulièrement dans les opérations du langage et de la logique; il semble traiter les informations sur le mode successif essentiellement propre à la pensée logique, qui réclame un ordre et une continuité déductive. En revanche, l’hémisphère droit paraît avant tout responsable de l’orientation dans l’espace, des dons artistiques, de la conscience corporelle et de la reconnaissance des visages; il traite les informations de manière beaucoup plus diffuse que l’hémisphère gauche et les intègre sur un mode simultané plutôt que linéaire.

Néanmoins, il est important de noter que les fonctions respectives des hémisphères droit et gauche ne sont pas exclusives, chaque « demi-cerveau » devant être considéré comme un spécialiste des fonctions qui le caractérisent. »

David Galin, Robert E. Ornstein et autres ont constaté que lorsqu’un individu est soumis à diverses questions sélectionnées dans les spécialisations des hémisphères, l’hémisphère concerné s’active et l’autre voit s’accroître son rythme alpha. Lorsque la question est « mixte » les deux hémisphères restent totalement actifs.

Dans l’article de Science & Vie, Jacqueline Renaud précisait: « Nos lointains ancêtres semblent bien nous avoir modelés en une forme psychologique « mâle » bien distincte d’une forme « femelle ».

Madame, Mademoiselle, Monsieur

Un mot à proscrire (4)

Avec le temps, on a vu s’amorcer une réaction contre des discriminations qui sont ressenties, relativement à ces théories, comme opprimantes, offensantes ou insultantes par l’un des deux sexes.

Il est vrai que les mouches sont faites pour être attrapées…

Cela me donne l’occasion de vous parler du récent TEDxParis au cours duquel il y avait une intéressante conférence de Madame Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherches à l’institut Pasteur, sur le thème, je vous le donne en mille: « Le cerveau a-t-il un sexe? » (oh, quelle surprise !)(3)

Si on écoute simplement l’exposé on y trouve un nombre important d’éléments instructifs et intéressants.

Cependant on perçoit rapidement que l’option de Madame Vidal est de conclure par un « non » au titre de son exposé.

Sa volonté de considérer les différences homme/femme comme négligeables ou inexistantes se marque aussi par la manière dont elle expulse et élude la question du lancer de précision qu’elle dit n’être apparent que chez les adolescents et comme résultante d’un apprentissage…

Je n’ai personnellement jamais vu qui que ce soit s’entraîner au lancement d’anneaux sur des goulots de bouteilles, de balles de tennis au travers d’un trou dans une planche ou au jeu de massacre d’une pyramide de boîtes à conserves !

Par contre mon expérience avec des louveteaux, m’a appris que ces enfants de 7 à 12 ans ont, aux jeux que je viens de citer, des scores différents s’il s’agit de garçons ou de filles: sur dix lancés, les filles ont un score entre 3 et 7 et les garçons entre 6 et 10.

Mais je veux bien croire Madame Vidal si elle parle du bowling, car dans ce cas les garçons s’entraînent pour pouvoir épater les filles.

Une autre différence, constatée chez des adolescents, est la variation du « sens de l’orientation ».

Si des patrouilles de filles et de garçons, l’une et l’autre bien entraînées, s’affrontent pour une marche « à travers tout » de 2 km dans un azimut donné, les filles feront 5 à 7 visées et les garçons 2 à 4. Les filles compensent le sens de l’orientation par l’application méthodique et rigoureuse de la technique. Les résultats sont cependant équivalents sur la précision et si parfois les garçons arrivent un rien plus vite, c’est en raison des quelques minutes gagnées en faisant moins de visées…

Si outre l’audition on observe Madame Vidal il est possible de voir à quel point ses remarques de dénégation sont soutenues par un langage non verbal qui me laisse personnellement comprendre quelque chose comme: « Et, toc! là je vous l’ai mis dans le mil… (les mecs ?) »

Je trouve que ces manifestations féministes gâchent et dévaluent tout son exposé. L’exposé scientifique est une chose, le débat féministe une autre. Je respecte les deux, mais pas dans le même bocal.

Il est dommage de « saboter » ainsi son propre exposé qui (je l’ai ré-écouté trois fois) contient plusieurs passages dont la richesse est manifeste.

Cela dit, en faisant de cette façon son discours, Madame Vidal mettait simultanément en éveil ses deux hémisphères…

Pour conclure

Des spécificités subsistent, même si les conditions de la vie moderne ont fortement réduit l’impact des différences entre cerveau de femme et cerveau d’homme.

Les traces laissées par des millénaires de vie « en caverne » ne peuvent disparaître en quelques siècles de révolution féminine ! (2)

Et pour terminer j’emprunte à Robert E. Ornstein le texte qui me sert à conclure: « Les activités complémentaires de nos modes de pensée ont également contribué à faire de l’être humain ce qu’il est, mais la valeur accordée à l’une ou l’autre de ces deux formes d’intelligence varie considérablement selon les cas. Les sciences et le droit, par exemple, glorifient la pensée linéaire et la logique verbale. Les arts, la musique et la religion mettent l’accent sur des notions aconceptuelles de sentiment et d’intuition. Aussi, le plus souvent, et c’est bien regrettable, pouvons-nous voir les intellectuels dénigrer l’intelligence non verbale, tandis que les mystiques stigmatisent la pensée rationnelle. »

« Pourtant, une conscience humaine complète devrait inclure les deux modes de pensée, tout comme la journée complète inclut le jour et la nuit. »

Jean-Pierre

(1) Quand ma fille faisait ce genre d’échafaudage, elle changeait sa voix, ce qui me faisait lui dire « arrête sorcière »!

(2) Et le premier siècle n’est pas encore atteint !

(3) Bourvil dans « La bonne planque » – arrivée du reporter

(4) Le féminisme proscrit Mademoiselle parce que c’est une atteinte à l’intimité de la personne; je propose aussi pour ma part qu’on bannisse les deux autres qui sont socialement dépassés (titres de respect envers les « classes » supérieures). Donc il y a lieu à l’avenir de s’adresser à un groupe en disant: « Femmes, Hommes, » voire plus familièrement: « Nanas, Mecs, »

 
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